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Film streaming Le Mariage de Maria Braun 4K

  • Le Mariage de Maria Braun
  • (Die Ehe der Maria Braun)
  • RFA
  • -
  • 1979
  • RĂ©alisation. Rainer Werner Fassbinder
  • ScĂ©nario. Peter Märthesheimer, Pea Fröhlich
  • Image. Michael Ballhaus
  • DĂ©cors. Norbert Scherer
  • Costumes. Barbara Baum
  • Montage. Rainer Werner Fassbinder alias Franz Walsch, Juliane Lorenz
  • Musique. Peer Raben
  • Producteur(s). Michael Fengler
  • Production. Albatros Produktion, Filmverlag der Autoren, Trio Film et WestDeutscher Rundfunk (W.D.R.)
  • InterprĂ©tation. Hanna Schygulla (Maria Braun), Klaus Löwitsch (Hermann Braun), Ivan Desny (Karl Oswald), Gisela Uhlen (la mère), Elisabeth Trissenaar (Betti Klenze), Gottfried John (Willi Klenze)
  • Distributeur. Carlotta Films
  • Date de sortie. 6 octobre 2004
  • DurĂ©e. 2h
  • voir la bande annonce

Liberté sans conscience n'est que ruine de l'âme, par Ariane Beauvillard

Le Mariage de Maria Braun

Die Ehe der Maria Braun

Le Mariage de Maria Braun est une sorte de Tristana berlinois mettant en scène la femme-mĂ©taphore d’un pays en reconstruction qui menace de sombrer dans la folie. Entre rĂ©alisme pointilleux et questionnement intemporel sur le devenir d’une sociĂ©tĂ© qui n’aspire qu’au bien-ĂŞtre matĂ©riel, Fassbinder, comme toujours, va bien au-delĂ  de la chronique historique. Ce film est l’aveu le plus parfait de l’intĂ©rĂŞt obsessionnel du rĂ©alisateur pour la dĂ©liquescence morale, et reflète ce que le cinĂ©ma contemporain a du mal Ă  mettre en scène aujourd’hui. une sociĂ©tĂ© en crise.

C’Ă©tait mieux avant. Mais l’Ă©vĂ©nement destructeur a tout rasĂ©, emportĂ© sur son passage. Et cet avant mĂŞme n’existe plus, Ă©puisĂ© de servir de repère fallacieux dont il est impossible d’oublier qu’il aurait pu ĂŞtre l’annonciateur de la catastrophe. Le seul Ă©vĂ©nement qui intĂ©resse Fassbinder, c’est ce mariage. rapidement filmĂ©e, Ă©vacuĂ©e, la cĂ©rĂ©monie est Ă  l’image de la guerre, brutale et insensĂ©e, extraordinaire aussi. Maria et Hermann signent leur contrat de mariage en une minute et entre deux bombes, sans un regard, sans un chichi. La portĂ©e de l’Ă©vĂ©nement est faible, car le strict factuel n’intĂ©resse que très peu Fassbinder. son centre et son pivot est l’absence de temporalitĂ© des sociĂ©tĂ©s en crise, la soumission des personnages aux Ă©vĂ©nements. Il n’y aura pas de date, mais une ambiance, un Ă©tirement du temps de l’oubli, de la cicatrisation de la blessure en cours d’infection.

En l’occurrence, il s’agit de la sociĂ©tĂ© allemande d’après-guerre, du Berlin quadripartite -Maria vit visiblement du cĂ´tĂ© amĂ©ricain, de ses aspirations au confort moderne et au bonheur matĂ©riel. Maria fait partie de ces femmes, amantes d’un soir, Ă©lĂ©gantes d’un jour, qui cherchent Ă  joindre les deux bouts sans jamais interroger sa conscience, mais ne dĂ©sespĂ©rant jamais de l’avenir. Et pourquoi l’interrogerait-elle. La première partie du film montre une femme obsĂ©dĂ©e par le retour Ă©ventuel d’un mari que tout le monde croit mort. des bras d’un Noir amĂ©ricain Ă  ceux d’un industriel français, son cĹ“ur balance pourtant. A tel point qu’après le retour miraculeux, presque irrĂ©el, d’Hermann, la belle Maria hĂ©site entre l’amour et le confort. Les temps changent, s’intervertissent lors du jeu de piste filmique. Hermann rentre mais laisse Maria au riche Oswald, revient après la mort de celui-ci pour conquĂ©rir un amour condamnĂ© dès la première scène. Tout s’enchevĂŞtre, tout se mĂ©lange, parce que, dans les sociĂ©tĂ©s post-diluviennes, ce n’est pas la reconstruction qui compte, mais son mode d’Ă©laboration.

Fassbinder a toujours eu la dent dure avec son propre pays. dans Le Mariage de Maria Braun. il prĂ©sente un pays ruinĂ©, trouĂ© physiquement, disloquĂ© par le temps long et Ă©tirĂ© d’un rĂ©cit aussi mĂ©taphorique que pointilliste dont le dĂ©cor est sans cesse parasitĂ© par de nombreux dĂ©tails. Un visage clair peine Ă  cacher le fond gris, la parole humaine est toujours remise en question par une radio, un cri, un son discordant. L’Allemagne est devenue une parodie, un dĂ©sĂ©quilibre, un pays d’attente. Et la souffrance est souvent mauvaise conseillère. le personnage d’Hermann intervient comme un rappel permanent de celle-lĂ . prisonnier de guerre, relâchĂ©, trompĂ©, puis Ă©crouĂ© pour un meurtre qu’il n’a pas commis, il est la mauvaise conscience de Maria qui, peu Ă  peu, sombre dans la folie. Folie consumĂ©riste tout d’abord, puis folie meurtrière.

Elle naĂ®t dans un pays qui ne rĂ©ussit pas, pour Fassbinder, Ă  inverser le cours des choses. le mĂ©decin se drogue, le libĂ©rateur est assassinĂ©, et l’Ă©rotisme des corps nus est figĂ©, Ă  peine stimulĂ© par le souffle d’ĂŞtres encore vivants, mais presque morts. L’un des jeux les plus flagrants de Fassbinder est celui du cache-cache entre l’avant-plan et l’arrière-plan, la reprĂ©sentation et sa contradiction. toute ouverture est annihilĂ©e par un entrelacs de portes, toute manifestation de joie est attĂ©nuĂ©e par un dĂ©tail funèbre, toute sensualitĂ© est rendue caduque, fausse, vide ; La Mariage de Maria Braun est presque en cela un film de nature morte. Le dĂ©cor est encombrĂ©, profusionnel, mais terriblement figĂ©. Le rĂ©alisme de la reconstitution des annĂ©es d’après-guerre, leur système D, leur surveillance permanente et leurs champs de ruines, ne crĂ©e pas seulement une forme de mĂ©lancolie suprĂŞme, mais Ă©galement un burlesque, un ridicule, louchant sur l’hystĂ©rie d’une Maria peu encline Ă  la mesure.

Et la mort revient, toujours. Hermann est amputĂ© de son bras, l’Allemagne de sa conscience. Maria rit, Ă©clate, se donne, mais reste incapable d’Ă©tablir un contact avec l’autre, Ă  l’image d’un pays qui Ă©coute la radio, regarde la tĂ©lĂ©vision… et gratifie sa reconstruction de nouveaux objets, de nouveaux joujoux qui mettent de cĂ´tĂ© l’humain et annihilent toute possibilitĂ© de renaissance. Tout se mĂ©lange, du rock au 23e concerto de Mozart en fond musical. on sait que le film commence dans l’immĂ©diat après-guerre et qu’il se termine le jour de la finale de la Coupe du Monde 1954. Mais que s’est-il passĂ© entre les deux. Des atermoiements, des tentatives Ă©perdues d’oubli et de retour Ă  la normale – Ă  une norme matĂ©rielle, mais pas de guĂ©rison humaine. Il reste un cortège d’ombres qui rĂ©ussit Ă  retrouver une quotidiennetĂ© rassurante sans parvenir Ă  survivre.

La nouvelle histoire de l’Allemagne de l’Ouest, commencĂ©e avec ce film, s’achèvera plus avec Le Secret de Veronika Voss et Lola, une femme allemande. Fassbinder, peu religieux mais mystique du combat entre un idĂ©al et un contexte, regrette l’absence d’entreprise sotĂ©riologique allemande. Qu’en est-il d’un monde oĂą l’on sacrifie Kleist sur l’autel du marchĂ© noir. Un monde de fuite, un monde dans lequel la croissance miraculeuse d’Adenauer n’a pas tout vaincu, et n’a pas rĂ©ussi Ă  inverser l’inversion morale. Ă  cette image, Maria est Ă  la fois la sainte, l’Ă©perdue, la pute, la matĂ©rialiste, l’espoir et la mort. Elle est multiple et trouble. Après avoir acceptĂ© un pacte mĂ©phistophĂ©lien, Maria est tuĂ©e par la rĂ©alitĂ© immanente, celle d’un contexte gĂ©nĂ©rationnel qui hante le rĂ©alisateur. Le film date de 1979, au moment oĂą une autre crise apparaissait. Mais Fassbinder n’aura pas eu le temps d’en faire la peinture acerbe.

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